( 4 novembre, 2007 )

La dernière danse I

 

CHAPITRE I

 

L’enterrement,

1993, Amérique du Nord, Etats-Unis,

Texas, aux abords de Dallas.

Une voix retentissait parmi un groupe de personnes habillées de noir. Cette couleur représentait leurs âmes bouleversées. Leurs coeurs saignaient plus qu’ils ne pouvaient en supporter. Chaque regard fixait avec intensité le cercueil qui brillait d’un éclat morbide. Ils ne ressentaient plus de souffrance, ils étaient comme vidés de tous sentiments.

Les reflets du soleil le faisaient miroiter de milles feux tel un brasier. Il descendait lentement suivant, telle une mélodie, les paroles du prêtre, dans la profondeur de la terre. Ce décor qui se voulait apaisant, était au contraire rempli de tourments et d’incertitudes.

En partie caché sous un amas de fleurs, le lit du défunt entra à jamais dans la nuit. Cette profusion de couleurs contrastait avec la noirceur du moment. Elle montrait combien on avait aimé Victor Shatner. Il avait inspiré plus d’amour que dix personnes réunies. Il avait concrétisé au bonheur de millions d’individus qui le lui avait bien rendu.

Idolâtré, il le fut tout au long de son existence, car il avait conservé en tout temps, le coeur sur la main. L’amour qu’il avait ressenti au plus profond de-lui même, avait jailli de part et d’autre sur la planète. Ses richesse lui avaient permis de réaliser son unique rêve : rendre des hommes, des femmes et des enfants heureux.

La fortune, loin de l’avoir rendu avare, lui avait ouvert les portes jusqu’alors fermées. En disparaissant du monde des vivants, il laissait derrière lui l’image d’un sage. Il offrait à son petit-fils un héritage de taille. Il avait élavé son descendant avec tout son amour et de nombreux principes. Il s’était en aller avec l’esprit libre car ses biens étaient entre de bonnes mains. Victor disparu pour toujours vers un monde meilleur avec cette certitude.

Pourtant, parmi cette foule, un jeune homme était beaucoup plus peiné que les autres. Il venait de perdre un père plus qu’un grand-père. C’était le dernier membre de sa famille à qui il disait adieux. Cette douleur qu’il ressentait était pour lui pire qu’une torture et il aurait mille fois préféré cette dernière, que de devoir affronter la vie sans la présence de son aïeul.

Ses sentiments envers cet homme étaient dès plus forts. Davy, car tel est son nom, avait porté toute sa tendresse sur lui à la mort de ses parents. En effet, à cinq ans, il avait fait de Victor son héros. La personne vers qui il se tournait quand tout allait mal, alors qu’il avait encore besoin de lui, il le perdait à tout jamais.

En plus de cette tragique perte, il devait affronter la tristesse des autres car chaque visage présent exprimait la souffrance par leurs traits tirés. Ceux-ci attendaient de sa part une attitude forte remplie de dignité et il le leur donna même s’il se sentait désespéré. C’était un héritier qui aurait du faire hommage à ce qu’on lui laissait mais qui était loin d’accueillir son destin comme un offrande.

Il se trouvait seul face à tous.

 

Une foule collossalle avait tenu à assister aux obsèques. Au centre se trouvait la dépouille du défunt qui errait dans un doux et éternel sommeil, le religieux qui parlait devant un micro afin d’être entendu, faute d’être vu et Davy, immobile et isolé de l’assistance fixant cette boite noire dans laquelle reposait le mort.

Ces derniers étaient cerclés par les amis intimes que l’on avait poussés à distance respectable afin de protéger l’héritier. Tout autour, on avait laissé les inconnus derrière se mettre où ils trouvaient de la place. Seuls ceux de devant pouvaient voir la future tombe mais tout le monde écoutait debout avec une très grande attention.

Chacun d’entre eux était lié directement ou indirectement à cet homme. Ils étaient sincèrement émus et attristés par cette disparition. Tous pleuraient profondément Victor qui avait toujours fait en sorte de n’avoir que des amis. Ses ennemis, eux-mêmes, le pleuraient car c’était un grand homme qui n’avait inspiré que le respect en étant lui-même.

Baissant la tête sans ne rien perdre du discours, l’assistance resta silencieuse à tel point qu’on pouvait entendre les oiseaux chanter. Ensemble, ils priaient avec fougue pour le repos éternel de cette âme perdue.

Le cercueil disparu en même temps que finissaient la cérémonie et leur sang se glaça. Ils avancèrent, un à un auprès de celle qui allait bientôt être une tombe comme les autres. La sécurité s’occupa de dissiper la foule avec professionnalisme afin d’éviter toutes complications. Les agitations étaient rapidement apaisées évitant la propagation d’une quelconque bagarre.

Ceux qui avaient l’autorisation s’approchèrent de Davy pour lui donner toutes leurs condoléances, ce qui passait pou un privilège était du aux rapports particuliers que ces personnes entretenaient avec les Shatner. Les autres devaient poursuivre leur chemin sous la surveillance des gardes du corps. Ils ne restaient que peu de temps face au trou que l’on allait fermer sous peu afin de permettre à ceux qui suivaient de dire, à leur tour, adieu au défunt.

Un autre amas de fleurs fut formé mais cette fois-ci, on comptait uniquement des roses rouges. Chacune d’elles représentait la passion, l’amour qu’avait inspiré et donné Victor quand il était encore de ce monde. Toutefois, elles montraient que malgré sa mort, il vivra dans le coeur de millions d’individus. Son souvenir sera à jamais présent dans les pensées. Des larmes seraient toujours là pour le pleurer. On ne peut pas oublier du jour au lendemain, un homme aussi bon.

Davy ne les regardait même pas. Il était là, silencieux, n’entendant rien des paroles qui se voulaient réconfortantes. Il ne ressentait que solitude et chagrin du à cette perte qui lui était insupportable. Il n’avait aucune idée de l’identité des trois quarts des personnes présentes alors qu’elles se présentaient devant lui. Néanmoins, il s’était formellement refusé à une cérémonie privée car il ne voulait pas priver qui que ce soit de cet enterrement.

Tout le monde pleurait Victor qui fut un homme bon. Ils étaient de tous les âges, enfants et adultes. Certains avaient travaillé pour lui, d’autres avaient des liens plus particuliers. Monsieur Shatner n’avait pas été seulement un puissant homme d’affaires, c’était le créateur de millions d’institutions qui se ciblaient dans tous les pays du monde, comme des orphelinats, des centres pour handicapés, des hôpitaux, … Il avait vécu avec une réputation très élogieuse tout au long de son existence. Sa générosité envers les autres avait été poussée par une force qui ne pouvait s’expliquer. Il avait travaillé dans les affaires mais contrairement à ses confrères, son coeur était grand et il était capable de l’utiliser. Grâce à ses richesses, il avait diminué le malheur des uns afin d’atténuer la douleur qu’il formait aux autres par sa profession souvent peu élogieuse. Il y avait mis tout son coeur en aidant ceux qui étaient dans le besoin.

Mais la personne qui avait le plus comptée pour lui se trouvait son petit-fils. Cet enfant fut un cadeau du ciel après son propre fils qui s’était tué dans un terrible accident d’avion. Il élevait depuis près de vingt ans Davy et jamais, il n’avait oublié, qu’avant tout, il en était responsable. Il avait vu un être fragile et perturbé devenir un homme renfermé sur lui-même tel une coquille tout en étant capable d’amour même s’il le cachait. Le petit garçon s’était transformé en un adulte impressionnant par sa carrure mais aussi par sa force de caractère.

Son aspect physique était dès plus avantageux de part sa chevelure qui semblait douce au touchée, d’un noir profond étincelant à la lumière, de part sa musculature à rendre jaloux un sportif de haut niveau et de part ses yeux marrons qui attiraient comme un puissant aimant la gante féminine. Ces derniers viraient au noir dans ses moments de fureur. Il n’était pas d’une nature facile. Il lui arrivait souvent d’entrer dans une rage incontrôlable. Pendant ses instants de colère, il fallait mieux le laisser tranquille.

Il était loin de ressembler à Victor de ce côté là, car ce dernier avait toujours fait preuve d’une grande sagesse et d’un calme olympien.

Son visage, serein durant ses moments de plénitude, était semblable à celui d’un nouveau né alors que quand il était mécontent, il pouvait faire trembler de peur tous ceux qui le contredisaient. Il n’était ni violent, ni trop gâté. Il estimait avoir droit au respect et son caractère colérique ne l’aidait pas. Sans cesse comparé à Victor, il voulait faire ses preuves et y parvenait. Malheureusement, cela lui rendait le caractère presque impossible pour tous ceux qui ne savaient pas comment le prendre et ceux qui y étaient habitués vivaient continuellement sur des charbons ardents.

La seule personne qui savait comment le prendre et l’apaiser se trouvait être son aïeul. La réputation de monstre de son petit fils ne l’avait jamais indisposée car son petit-fils était tout à fait capable de se défendre. De plus, il était en partit fautif, plus que Davy était toujours jugé par rapport à lui. Toutefois, il était conscient que son héritier était parfaitement apte à faire la part des choses. Victor avait toujours pensé que son fils allait donner un enfant au caractère doux pareil à lui-même mais il s’était trompé car le jeune homme était très fougueux comme sa mère.

Sa belle fille avait transmit à son enfant son caractère téméraire. Elle avait poussé le père de Davy, le seul homme capable de la calmer dans ses moments de fureur, deux années avant la naissance de celui-ci. Elle n’était pas folle, au contraire, comme son petit garçon, elle avait de bonnes raisons de s’emporter. Elle avait seulement du mal à retrouver son calme suite à une crise. La sérénité de son époux l’avait toujours adoucie. Victor savait qu’il fallait pour Davy une femme calme et non, une des péronnelles qu’il se bornait à fréquenter. Il avait besoin comme ses parents de trouver sa moitié, la femme qu’il aimera et qui l’aimera.

Les cheveux coiffés en arrière et les lunettes de soleil cachant ses yeux remplis d’une fureur qu’il avait du mal à contenir, le rendaient des plus mystérieux. Il était à la fois attirant et repoussant. Vêtue d’un costume cravate noir et d’une chemise blanche, il paraissait des plus décontractés tout en étant d’une très grande élégance. Immobile telle une statue grecque, il restait impassible ne montrant pas les sentiments qui le tourmentaient.

Son succès invraisemblable auprès des femmes ne l’avait jamais adoucis tout au contraire. Il considérait ces multiples relations comme un passe temps. Il estimait ses autres préoccupations plus importantes. Il considérait que ses conquêtes étaient des moins que rien allant même poussé sa cruauté assez moins pour les faire souffrir non physiquement mais moralement. Mais malgré cela, en un simple claquement de doigts, ses nombreuses maîtresses lui retombaient toujours dans les bras.

Il pouvait être sans pitié envers elle autant que Victor pouvait aimer un être humain. Il cachait sa bonté d’âme qu’il tenait de son grand-père derrière une épaisse carapace. Sans vouloir se l’avouer, il avait peur de souffrir. Et cela, depuis la mort de sa famille.

- Monsieur Shatner, il est tant d’y aller, l’interpella un de ses gardes du corps qui c’était approché quand le discours du prête avait pris fin.

Il était comme ses collègues resté en retrait afin de laisser à Davy le peu d’intimité qu’il avait réclamé et dont il avait besoin dans un moment pareil. Jones Dean travaillait depuis deux ans pour lui et maintenant, il reconnaissait aussitôt l’humeur de son patron. Il valait mieux ne pas se mettre à travers sa route quand le regard du jeune héritier brillait d’un éclat particulier. Il avait appris à comprendre celui qu’il devait protéger et quand ce dernier demandait aux hommes de la sécurité de prendre leur distance, Jones qui était le chef de la sécurité sentait au ton métallique de sa voix qu’il valait mieux obéir sans discuter dans ces moments là. Il faisait alors en sorte de laisser Shatner dans sa solitude, seul avec ses tourments et ses douleurs qu’il ne dévoilera jamais. .

Il était facile de remarquer qu’il contrastait énormément avec son patron. Le coeur enjoué, prenant la vie du bon côté, ce blond intrépide aux yeux bleus de trois ans son aîné était une dès rare personne à ne pas indisposer Davy. D’une carrure enviable mais moins imposante et de taille semblable, il avait aux fils des jours liés d’amitié avec Davy. Toutefois, ils gardaient toujours en tête qu’ils avaient deux destinés différentes si ce n’était pas diamétralement opposé.

L’un allait être à la tête d’une fortune colossale à rendre jaloux tous les maharadjas réunis et l’autre par contre restera un homme assurant la sécurité des riches personnalités au risque de perdre sa vie. Malgré cela, ils se respectaient et sans Jones et son caractère doux et calme qu’il conservait à tout instant, Shatner aurait plus d’une fois commis des actes qu’il aurait aussitôt regrettés.

Néanmoins l’appel de son garde du corps n’eut aucun effet sur lui, il resta de marbre, immobile. Il était plongé dans ses pensées sans se rendre compte que peu à peu les gens quittaient les lieux. Les intimes du défunt étaient déjà partit.

Alors que Davy était là, impassible.

Il sursauta quand Jones répéta ce qu’il avait déclaré quelques secondes plus tôt. Après avoir acquiescé quand son ami lui affirma qu’il était temps de partir. Il prit la direction de sa limousine, entouré de ses gardes du corps.

Davy n’y fit même pas attention, il soufrait. Vingt ans plus tôt, il avait enterré ses parents non loin de la tombe de Victor et maintenant, il y laissait son grand-père. Il avait réunit sa famille pour l’éternité. Une chose le réconfortait car même s’ils n’avaient pas pu être ensemble dans la vie, leurs âmes le seront à jamais. Il avait choisit enfant ce lieux pour ses parents car à ses yeux, il était féerique. Quand il regardait le monde avec insouciance, il avait toujours aimé penser qu’un mort gagnait plus vite le plus beau des décors en étant enterré dans un endroit magnifique.

Il avait grandi sans que cela ne change. Il espérait toujours et mettait toutes les chances du bon côté. Il avait perdu son coeur d’enfant mais il était près à croire n’importe quoi pourvu que ses êtres si chers soient ensembles.

Il estimait tout de même, cela dommage de laisser un si beau paysage pour des personnes décédées qui ne pouvaient pas profiter du panorama. <>. Sa famille vivait dans le plus bel endroit qui lui fut donné de voir jusqu’à ce jour.

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